Nous n'aurons jamais vécu une campagne pour les élections régionales aussi stupide, autant à côté de la plaque... Tout le monde (ou presque) le dit, tous les médias (sauf la télé) le clament et personne ne cherche pourtant à quitter le champ de la médiocrité. Pourquoi ?
Peut-être parce que, sur ce champ, de sillons tracés à droite et de sillons tracés à gauche, personne ne cherche à sortir. Les charrues sont automatisées, les tracteurs roulent seuls ou presque et leurs conducteurs sommeillent, climatisation et stéréo réglées au degré et sur la chaîne conseillée. Pourquoi donc prendre la peine de reprogrammer ces machines puisqu'en final on récolte ? Roule ma poule...
Alors le champ n'est plus que de droite et que de gauche. Les récoltes en sont partagées entre deux clans : celui des laboureurs droitiers, celui des laboureurs gauchers. Cela s'appelle l'alternance. Les laboureurs concernés sont satisfaits : chacun profite confortablement de la situation. Aucune question de fond n'est posée, du genre : les sillons sont-ils bien orientés ? Le champ n'est-il pas trop ombragé ? Les engrais (chimiques) utilisés sont-ils les bons ? Et leur dosage ? Et les pesticides ? Et les herbicides ? Vend-on les récoltes à juste prix ? Et, même, sème-t-on bien la bonne graine ? Non, tout va bien, c'est confortable. Et puis, qui, du commun, fera la différence entre un sillon partant de droite et un sillon partant de gauche sur la même ligne de labour ? Allez, ma poule, roule toujours...
Vers qui roule la poule ? Vers des consommateurs-électeurs qui acceptent d'avaler n'importe quoi, qui ont oublié jusqu'au sens du goût et des saveurs de la réflexion, qui grapillent ici et là quelques miettes comme si elles étaient le gâteau tout entier. Pour qui roule la poule ? Pour tous les nantis installés dans cette situation droite-gauche (auto-réversible en gauche-droite) qui lesd arrange, les conforte et les fait profiter.
Aussi quand une autre génération de laboureurs pointe le bout de charrues autrement affûtées, les droitiers-gauchers (auto-réversibles en gauchers-droitiers) refusent de participer au concours de labours que les nouveaux arrivants leur proposent. Et pour que l'idée ne fasse pas son chemin dans des esprits pas tout à fait endormis, ils cherchent à la saborder. Pour ce faire, ces riches laboureurs bien en place disposent de moyens importants et efficaces... Souvent intellectuellement et moralement malhonnêtes mais efficaces...
Et les téléspectateurs-auditeurs-lecteurs engrangent : droite-gauche, droite-gauche, droite-gauche, gauche- droite !... Attention dans les rangs ! On recommence : en avant, marche, gauche-droite, gauche-droite !... Abrutis par le poids des ordres et le choc des décibels, ils marchent mécaniquement au pas. Un pas cadencé bien martelé, les pieds enfouis dans des godillots cloutés rarement à leur pointure, inconfortables et bien lourds. Pesants de la lourde glaise de l'ignorance, de l'habitude, d'un alléatoire confort provoqué par quelque boule de coton glissée au fond de la chaussure.
Assis dans l'herbe (il en reste encore !) au bord du champ, attendant les pâquerettes du printemps, je scrute la butte qui marque le plein centre du champ et j'espère y voir apparaître deux charrues couplées. Marques Modem et Europe Ecologie.
Les blés seront-ils blonds cet été ?
mardi 9 mars 2010
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