vendredi 19 février 2010

Languedoc-Roussillon : un mal pour un mal

En ces temps de campagne électorale, la situation des socialistes en région Languedoc-Roussillon est très souvent évoquée par les médias. Une situation créée par Georges Frêche, président régional sortant, nourrie par l'état-major socialiste national à la suite d'un dernier et nième dérapage verbal dudit Frêche : " Laurent Fabius, il n'a pas une tronche très catholique..."

Personnage à l'égo surdimensionné, Georges Frêche sait opportunément saisir toute situation pour faire parler de lui au "bon moment". Au bon moment électoral, cela va de soi. Souvenez-vous de ses autres petites phrases, toujours à forte tonalité raciste et xénophobe, baignées dans le fiel, à propos de footballeurs et d'anciens harkis. Vous les avez en mémoire. Pourquoi cela ?

Quand on connait tant soit peu la région Languedoc-Roussillon, et la ville de Montpellier en particulier, on peut comprendre que, assis dans le premier fauteuil régional politique, le personnage Frêche se comporte d'une telle façon. D'important quartiers de Montpellier sont quasi uniquement habités par des arabes. Celui de la Paillade en est le plus significatif exemple, où l'on vit à l'heure maghrébine. Et, en terme de densité de population, cela vaut pour toutes les agglomérations languedociennes. Là et ailleurs, c'est un lot : l'on supporte très difficilement une présence arabe que l'on assimile de façon souvent simpliste mais bien réelle à des mots ou des groupes de mots comme délinquance, trafic de drogue, insécurité des banlieues, agression, vandalisme, provocation, etc, etc... Un exaspération peut effectivement se comprendre.

Une exaspération dont le dérapage verbal du président de Languedoc-Roussillon, mis en scène et réalisé devant des journalistes qui, par goût du sensationnalisme et sans recul, vont relayer et "faire mousser" l'incident, est le reflet. Rompu, comme beaucoup d'hommes politiques, à la relation avec les médias, Georges Frêche sait manipuler la presse. Pourquoi lui donner tort, là encore ? La pratique est universelle et quotidienne. Une "déchirante" histoire d'amour entre politiciens et journalistes : "Je t'aime, moi non plus..."

Alors ? Soulignons deux contrastes que les temps n'ont pas estompés : parisianisme et provincialisme. Reflets de nos vieilles provinces, les régions sont le vivier de nos particularismes franco-français et Dieu sait si nous y sommes attachés, fiers d'appartenances ancestrales géographiques et culturelles (souvenons-nous de la campagne pour le maintien des numéros de départements sur les plaques minéralogiques de nos véhicules), même si cela doit nous handicaper en regard de la mondialisation d'aujourd'hui. Et puis, il y a Paris. Paris vers laquelle tout converge. Paris de laquelle tout vient. Il y a Paris où l'on croit posséder la science infuse, il y a la province où l'on a toujours, selon les Parisiens, un "train de retard".

Au théâtre, cela s'appelle un comique de situation.

Mais dans les faits, il existe actuellement une volonté "parisienne" d'assujetir les régions. La réforme territoriale engagée par volonté impérialiste risque de provoquer de considérables et peut-être d'irréversibles dégâts dans les champs des autonomies régionales et de nos libertés. La France voulue par Badinguet-l'envahisseur : Paris et sa grande banlieue. Richelieu s'en réjouirait, qui a plus que largement contribué à la centralisation des pouvoirs dont les excès conduisirent, peu de siècles plus tard... à la Révolution.

Et Georges Frêche dans tout ça, direz-vous ? J'y reviens. Sa position est celle du président (sortant qui sera réélu) d'une importante région française (la Septimanie... dans laquelle il y a "manie") qui tient plus que tout à y maintenir un autre impérialisme : le sien. C'est un autre Badinguet. Un Badinguet à la faconde médirionale. Un Badinguet dont les excès verbaux s'inscrivent dans une tradition du Sud. Avé l'assent... Mais un Badinguet !

Depuis des décennies à la tête de tout ce qui "fait" l'agglomération montpelliéraine, Georges Frêche a créé puis développé des réseaux, imposé sa "marque" de potentat. Il suffit d'observer qui, des maires de l'agglomération de Montpellier, est dans sa mouvance ou oppose une résistance à son pouvoir pour comprendre certaines différences : par exemple, qui est bien ou mal desservi par les transports en commun de l'agglomération. Une agglomération, outil de pouvoir. Une agglomération qui cerne la ville de Montpellier dont le maire aura bien du souci à se faire quand Georges Frêche sera réélu président de la Région Languedoc-Roussillon.

Depuis Paris, l'état-major socialiste n'a rien compris à la Région Languedoc-Roussillon dont de très nombreux électeurs cohabitent mal avec leurs voisins maghrébins. Cet état-major socialiste et bien des citoyens de gauche qui habitent plus au nord de Montpellier n'ont pas pris la juste mesure d'un climat qui n'est pas influencé que par le seul soleil. Absoudre Frêche ? Il eut mieux valu tout de suite condamner ses propos. Mais le mal est fait : une réélection sur un boulevard...

Victimisé au regard des Languedociens et, ce qu'il aurait fallu davantage étudier depuis Paris, des socialistes languedociens, bientôt plébiscité, Georges Frêche, faisons-lui confiance, saura avantageusement exploiter les situations à venir. Bravo l'artiste ! Mais deux Badinguet en France, ce sera un mal pour un mal...

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