jeudi 2 avril 2009

un conte à dormir debout : le compte du "grand" banquier

Il ne se passe pas actuellement une semaine sans que la Presse n'annonce une nouvelle "délicatesse" de grands patrons de banques françaises. Traduisons : l'annonce de l'octroi de bonus, stock-options et autres parachutes dorés par les intéressés à eux-mêmes. Le bon peuple est scandalisé, les hommes politiques menacent et ces banquiers n'en peuvent plus de se taper sur les cuisses à force de rigoler de tout ce tintouin.

Choqué(e) ? Tant pis. "C'est comme ça..." dit toujours ma mère quand elle est confrontée à une situation pour ou contre laquelle elle ne peut pas intervenir. Car c'est un fait : les Français ragent, Nicolas Sarkozy et son gouvernement brassent l'air alors que les responsables des banques continuent d'engranger individuellement des millions et des millions d'euros. C'est du concret. Incontestable.

Qui laisse donc faire ? Le gouvernement , bien évidemment. Et pourquoi ? Parce que, tout simplement, il traîne aux pieds quelques boulets qui ralentissent sa marche vers des prises de décisions radicales. Les effets d'annonces de Nicolas Sarkozy, de François Fillon et de Christine Lagarde ne sont pas davantage que des effets d'annonces et le Parlement ne légifère toujours pas sur le sujet. Alors les semaines passent sans que rien de net et de définitif ne vienne contrarier ou, plus radicalement, interdire les excès des grands banquiers.

Car, il faut le savoir au lieu d'hurler au loup : ces messieurs s'en mettent plein les poches en toute légalité. Il n'y a que la morale pour être contrariée, sur laquelle ils se sont depuis fort longtemps assis. Bardés de régiments de juristes, les grands patrons de banques aux salaires déjà et particulièrement confortables ( des millions d'euros perçus pendant des années) ajoutent des masses d'argent à leurs trésors personnels sous le regard complaisant de la Loi en son état actuel. Personne n'ira en prison, personne ne sera taxé plus que ne l'exige le fisc puisque rien n'interdit légalement de telles façons de faire.

Nous pouvons ne pas toujours être en phase avec ce qui se passe aux USA, un fait est pourtant avéré : tous les dirigeants de banques ou de compagnies d'assurances américains ayant perçu des aides fédérales ont été contraints de rendre, sous quelque forme que ce soit (remboursement, don aux fondations, etc...) leurs bonus et autres parachutes dorés. Contraints ou taxés à 90%.

Les effets d'annonces des gouvernants français ont produit leur... effet, comme un signal fort d'abord adressé aux délicats patrons de banques : "Le compte à rebours a commençé. Dépêchez-vous de mettre à profit les quelques semaines qui restent pour vous servir. Après, ce sera plus difficile..." Ce que s'empressent donc de faire lesdits dirigeants. C'est ce que publie hebdomadairement la Presse.

Ces dirigeants de banques font ce qu'ils veulent. Une affaire contrarie l'état-major d'une grande banque ? Un jeu de chaises musical résoud le problème, les attributions des uns et des autres changent de noms mais tout le monde demeure et... perçoit au maximum. Songeons un instant - et pour exemple - à l"affaire Kerviel". Qu'en est-il advenu ? Le juge d'instruction a-t-il fouiné suffisamment ? Quelqu'un s'en souvient-il seulement ?... Evoquons les instances de contrôle. Ah, ces contrôleurs qui ne connaissent pas le métier du trader et les subtilités s'y attachant. Et pourtant, ils contrôlent... Etc, etc...

Le Français moyen détourne le regard, pensant tout haut que "çà ne le concerne pas, qu'il a bien d'autres chats à fouetter et que, d'abord, tout d'abord, il faut bien qu'il existe des patrons pour qu'il ait éventuellement lui-même un emploi, que ces patrons, qui ne sont pas mal instruits, méritent tout de même d'être mieux payés que lui et qu'un patron de banque qui nage quotidiennement dans l'argent en gagne peut-être plus que d'autres, et puis, depuis que le monde est monde il y a toujours eu des riches et des pauvres, alors..." Alors, parce que c'est le moment, il va planter ses choux. Rien que ses choux.

Et pendant ce temps, dans la France d'en bas, des milliers d'autres patrons, patrons de PME et de PMI, s'arcboutent contre les murs de leurs entreprises pour leur éviter de s'écrouler. Des patrons qui "vivent" ces entreprises, qui donnent le pain à leurs personnels et que des banquiers, eux-mêmes soutenus par l'Etat (nous), rechignent à soutenir quand, dans la France d'en haut, des tailleurs cousent de plus profondes poches aux costumes déjà matelassés de quelques "intouchables" monstrueusement insouciants du reste de la société.

C'est "çà", la France ?

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