lundi 29 juin 2009
comédie fantôme
Pages 100 à 102, je lis : " Ainsi, comment se passe la vie ? Nous nous efforçons bravement, jour après jour, de tenir notre rôle dans cette comédie fantôme. En primates que nous sommes, l'essentiel de notre activité consiste à maintenir et entretenir notre territoire de telle sorte qu'il nous protège et nous flatte, à grimper ou ne pas descendre dans l'échelle hiérarchique de la tribu et à forniquer de toutes les manières que nous pouvons - fût-ce en fantasme - tant pour le plaisir que pour la descendance promise. Ainsi usons-nous une part non négligeable de notre énergie à intimider ou séduire, ces deux stratégies assurant à elles seules la quête territoriale, hiérarchique et sexuelle qui anime notre conatus. Mais rien de cela ne vient à notre conscience. Nous parlons d'amour, de bien et de mal, de philosophie et de civilisation et nous accrochons à ces icônes respectables comme la tique assoiffée à son gros chien tout chaud.
"Parfois, cependant, la vie nous apparaît comme une comédie fantôme. Comme tirés d'un rêve, nous nous regardons agir et, glacés de constater la dépense vitale que requiert la maintenance de nos réquisits primitifs, nous demandons avec ahurissement ce qu'il en est de l'Art. Notre frénésie de grimaces et d'oeillades nous semble soudain le comble de l'insignifiance, notre petit nid douillet, fruit d'un endettement de vingt ans, une vaine coutume barbare, et notre position dans l'échelle sociale, si durement acquise et si éternellement précaire, d'une frustre vanité. Quant à notre descendance, nous la contemplons d'un oeil neuf et horrifié parce que, sans les habits de l'altruisme, l'acte de se reproduire paraît profondément déplacé. Ne restent que les plaisirs sexuels; mais entraînés dans le fleuve de la misère primale, ils vacillent à l'avenant, la gymnastique sans l'amour n'entrant pas dans le cadre de nos leçons bien apprises.
"L'éternité nous échappe.
"Ces jours-là, où chavirent sur l'autel de notre nature profonde toutes les croyances romantiques, politiques, intellectuelles, métaphysiques et morales que des années d'instruction et d'éducation ont tenté d'imprimer en nous, la société, champ territorial traversé de grandes ondes hiérarchique, s'enfonce dans le néant du Sens. Exit les riches et les pauvres, les penseurs, les chercheurs, les décideurs, les esclaves, les gentils et les méchants, les créatifs et les consciencieux, les syndicalistes et les individualistes, les progressistes et les conservateurs; ce ne sont plus qu'hominiens primitifs dont grimaces et sourires, démarches et parures, langage et codes, inscrits sur la carte génétique du primate moyen, ne signifient que cela : tenir son rang ou mourir.
"Ces jours-là, vous avez désespérément besoin d'Art. Vous aspirez ardemment à renouer avec votre illusion spirituelle, vous souhaitez passionnément que quelque chose vous sauve des destins biologiques pour que toute poésie et toute grandeur ne soient pas évincées de ce monde."
Avec tout respect pour l'auteur, j'ajouterai : "Pour ne pas mourir à la vie."
dimanche 28 juin 2009
noir n'est jamais blanc et ainsi de suite...
Toi qui lis, et quelle que soit ta couleur de peau, si tu as conscience des sensibilités de l'âme, tu pressens ou sais qu'il existe du noir et du blanc en toi et, entre les deux couleurs, toutes les subtilités d'un ton appelé gris. Un long chemin mène au blanc. Tous les raccourcis conduisent au noir. Le blanc se gagne. Le noir te perd.
Il est facile d'être noir de l'intérieur. Il suffit d'être hypocrite, méchant, avare, envieux, haineux, lâche, profiteur, menteur, voleur, etc, etc... Cela ne coûte qu'un moindre effort. Celui de persévérer dans toute nuisance à autrui. L'empathie, c'est une autre paire de manches. Vouloir le bien et oeuvrer pour aider à le répandre, cela demande de colossaux efforts et une abnégation sans faille. C'est la réalité du long chemin. Un long chemin qui, immanquablement et à force d'épreuves, t'élève alors qu'un contentement obscur t'appauvrit puis te ruine.
Vendredi soir, lors d'un événement local, j'ai croisé deux regards plus noirs que les feux de l'enfer quand les braises se sont éteintes. Les regards de gens très ordinaires qui "se croient", regards de pauvres bien que riches à foison, assis sur les certitudes d'un pouvoir plus occulte que réel, grassement satisfaits de profiter, de nuire et rien d'autre... Rien. Le trou noir, aspirateur de vie.
Quel dommage !
mercredi 24 juin 2009
mercredi 17 juin 2009
entre paroles et actes
Interlude.
Instant de paix entre sable et eau.
Merveilleux moment où tout sait être simple.
Et puis, le soir, un livre mis entre mes mains : "L'élégance du Hérisson", fameux succès de Muriel Barbery publié en 2006 par Gallimard. Via l'écriture, l'humain s'en revenait troubler ma quiétude.
Page 56 : "... Les hommes vivent dans un monde où ce sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c'est la maîtrise du langage. C'est terrible, parce que, au fond, nous sommes des primates programmés pour manger, dormir, nous reproduire, conquérir et sécuriser notre territoire et que les plus doués pour ça, les plus animaux d'entre nous, se font toujours avoir par les autres, ceux qui parlent bien alors qu'ils seraient incapables de défendre leur jardin, de ramener un lapin pour le dîner ou de procréer correctement. Les hommes vivent dans un monde où ce sont les faibles qui dominent. C'est une injure terrible à notre nature animale, un genre de perversion, de contradiction profonde."
Le dimanche, dans le sable, tournant le dos à l'océan, j'ai cherché un lapin.
lundi 8 juin 2009
les lendemains chanteront-ils ou s'assombriront-ils ?
Fidèle à ma précédente déclaration, j'ai donc voté dimanche pour une liste de François Bayrou. Et, pour parler "nature", je me retrouve dans les choux à regarder un tracteur fou et sans conducteur faire des ronds en marche arrière tout en détruisant des plantations qui, pour cause, ne seront pas récoltées. Bon !
Faisant partie des 40% de Français qui se sont déplacés pour voter, je tente l'effort de discerner la voie sur laquelle les résultats du 7 juin 2009 nous engagent. Aussi, permettez-moi de vous livrer une analyse bien personnelle :
L'Europe d'abord. Les électeurs européens ont spectaculairement mis la barre à droite. Les partis conservateurs l'emportent avec aisance. Une demande d'autorité et d'ordre apparaît comme première motivation des votants. La sanction d'un tel apport sera vraisemblablement la confirmation de M. Barroso à la tête de la Commission européenne, donc la poursuite de la dérive vers une Europe des marchés. Quel enseignement en tirer ? Peut-être que, malgré la crise actuelle et ses terribles conséquences sociales, les électeurs manquent de repères tangibles et, flottant, se donnent à la "sécurité". J'écris maintenant "la" sécurité. Vous saisissez sans doute la nuance.
En France, cette autre victoire de Nicolas Sarkozy conforte évidemment ce dernier. Fin manoeuvrier, le Président de la République a su éviter l'Europe et un éventuel programme tout au long d'une mollassonne campagne électorale. Evoluant sur la réputation d'une bonne prestation lors de la présidence française de l'Europe, il lui a suffi d'éviter toute démarche pédagogique (ce qui serait à l'honneur d'un chef d'Etat...) à caractère institutionnel : expliquer l'Europe, etc... Devant une absence volontaire de donne, le côté "autorité et ordre" (je reprends volontairement l'expression) du parti UMP a fait le reste.
La spectaculaire avancée des écologistes politiques pourrait peut-être (il y a beaucoup de conditionnel dans cette analyse en raison même de l'absence de mémoire, de la versatilité et de l'immaturité politique entretenue des Français) participer à la transformation d'une scène dans les coulisses de laquelle des bottes brunes sont cirées. Pourrait... A la condition que le réalisme, le pragmatisme l'emportent chez les Daniel Cohn-Bendit et autres José Bové, aujourd'hui encore batteleurs. Retenons surtout l'effet-impact du film de Yann Arthus-Betrand programmé au soir du 5 juin. Retenons la présence d'Eva Joly sur la liste écologiste
Souci environnemental -le vivant - et rejet des tripotages financiers - le pouvoir sans limite de certains riches au détriment des peuples - sont des clefs à l'explication du bond en avant écologiste. Pour faire force, des alliances vont être nécessaires. Mais avec qui ?
Le parti socialiste paie bien chèrement ses déchirements internes et une absence de perspective. La refondation - à laquelle pense maintenant Martine Aubry - est devenue nécessaire. Tant que cette refondation - sera-t-elle réellement entreprise ? - ne sera pas réalisée, le PS sera aux abonnés absents. C'est particulièrement grave quand ce parti qui, magnifiquement secondé par Nicolas Sarkozy, a creusé lui-même sa tombe devrait fermer derrière lui la porte du cimetière en y oubliant ses "éléphants" et reprendre la route. De potentiels "sauveteurs" vont être recrutés par le chef de l'Etat, trop heureux de les détourner d'une mission providentielle et de continuer à entretenir le vide autour de lui, perché qu'il est sur le piton UMP.
Faire-valoir de François Bayrou, le Modem paie, lui, une autre note. Celle de la solitude (là encore, bien entretenue par Nicolas Sarkozy : "J'aurai ta peau...") et des faux-pas de son leader qui avait bien autre chose à faire - malgré une honnêteté morale et intellectuelle dont le moins que l'on puisse dire est que l'on s'en contre-fiche en politique - que de s'empoigner à la veille de l'élection avec l'autre malin, Daniel Cohn-Bendit. Quel gâchis ! Bien évidemment, les alliés d'hier appuient sur la tête du noyé et les lazzis fusent. Alliés de circonstance de l'UMP, les gens du Nouveau Centre devraient pourtant se méfier et ménager leurs arrières. Ils seront, peut-être, les évincés de demain... En tous les cas, ils offrent au peuple le spectacle de la lâcheté en politique.
Qui, des bords plus ou moins extrêmes de la gauche française va vouloir s'allier avec les écologistes ? Je vous en laisse la réflexion, ne les connaissant pas suffisamment. Cela s'appelle botter en touche.
L'indéniable succés des écologistes politiques appelle à d'autres lendemains. Nous, électeurs conscients, devrons sans aucun doute observer les mouvements à venir, les constitutions de blocs, les termes des futures alliances (car il y en aura nécessairement), tester les convictions des uns et des autres, etc... Bref, entreprendre un travail personnel et collectif responsable. Car il s'agit bien - et le dire une nouvelle fois n'est pas innocent - du devenir de nos familles et de notre Pays, partie d'une Europe à sauver, qu'il s'agit.
Est-elle authentique cette anecdote entendue sur une radio : "L'approche de la préfecture de Caen où se sont rencontrés les présidents Barak Obama et Nicolas Sarkozy étant interdite au public, un policier aurait affirmé que, pour en approcher, il fallait présenter sa carte UMP..." ?
samedi 6 juin 2009
je vote pour François Bayrou
1/ Parce que je ne supporte pas l'acharnement médiatique généralisé à l'encontre du président du Modem.
2/ Parce que je n'ai jamais supporté, non plus, les magouilleurs quelles que soient leurs envergures.
3/ Parce que la bassesse place l'homme au plus bas (c'est le mot de le dire...) de l'échelle des vivants.
4/ Parce que je souhaite que mon Pays, la France, relève un jour la tête et que le coq gaulois ne reste plus planté, là, uniquement sur un tas de fumier.
A bons entendeurs, salut !
mercredi 27 mai 2009
un jeu de dupes
"(...) Le capitalisme sauvage - et financier - (...) n'a plus grand chose à voir avec le libéralisme créatif des pères fondateurs (...). Il en est la contrefaçon. Il procède d'une rationnalité instrumentale à courte vue, valorise l'immédiateté, encourage la compétition sans frein, déconstruit les structures de médiation (familles, Etats, etc...) pour laisser un individu orphelin (l'Homo oeconomicus) face à un marché tout puissant.
" Porteur d'injustices nouvelles, ce néo-capitalisme boursier transforme la planète en un jeu de Monopoly permanent, où les lieux et les peuples ne sont plus appréciés qu'en termes d'opportunité financière et de retour sur investissement. Aux logiques industrielles d'autrefois se substituent les "paris" spéculatifs d'une économie virtuelle, sans cesse au bord du gouffre, sans cesse un peu plus dans la déraison.
" Le seul message qu'un tel système soit capable d'émettre se ramène à deux ou trois slogans primitifs, notamment celui-là : que le meilleur gagne ! La figure du gagnant, fut-ce un simple brasseur d'affaires, un agioteur ou un virtuose des marchés financiers, a supplanté celle de l'entrepreneur, ce créateur de richesses que définissait la théorie libérale. De la même façon, la fatalité inégalitaire et la soumission aux riches auxquelles nous invite la nouvelle "idéologie du monde" sont en contradiction formelle avec les recommandations d'Adam Smith. Mais qui s'en souvient ? Bornons-nous à énoncer la mise en garde énoncés par Smith, dans sa Théorie des Sentiments moraux : "La disposition à admirer, voire à vénérer, le riche et le puissant et à mépriser, ou pour le moins à négliger, les personnes de condition pauvre ou moyenne [est] la grande et plus universelle cause de corruption de nos sentiments moraux." Nous ne sommes plus capables d'entendre ce genre de "théorie" qui faisant pourtant corps avec le libéralisme des origines.
" Cette promotion décomplexée du meilleur, du plus malin, du plus fort ou du plus cynique s'appuie sur une interprétation de l'histoire humaine bien plus dangereuse qu'on ne l'imagine. Elle fait fi des traditions humanistes et des sagesses. Tout en promettant une meilleure croissance économique, elle accélère - sans même s'en rendre compte - le processus de "décivilisation". Elle atomise les sociétés pour mieux assurer, dit-on, leur "prospérité". C'est un jeu de dupes. (...) "
Permettez-moi de vous recommander la lecture complète de l'ouvrage de Jean-Claude Guillebaud. "Le Commencement d'un Monde" constitue une aide précieuse à la compréhension des évolutions de nos sociétés à contrario des contenus des désinformations médiatiques multiples et quotidiennes qui nous orientent vers des impasses, autant de pièges destinés à notre seul assujetissement.
jeudi 7 mai 2009
un soutien de moins à nos libertés

J'apprends que, cet été, une "chasse aux seins nus" sera entreprise sur les plages françaises. Voilà une distraction bienvenue pour nos zélés policiers et autres CRS. De quoi les faire opter définitivement pour le "travailler plus pour gagner plus" de leur mentor en choisissant de sacrifier leurs propres vacances pour gâcher celles de citoyennes en liberté.
La lourdeur des P.V. sera-t-elle proportionnelle à la taille des bonnets ôtés ? Car, figurez-vous, les très inventifs "traqueurs de libertés" que sont les sarkozistes actuellement au pouvoir entendent bien sanctionner financièrement les "délinquantes" surprises en flagrant délit de semi-nudité. Peut-être même y ajouter un zeste d'emprisonnement (une loi le proclame) pour les récalcitrantes. Culpabiliser, çà c'est hautement pédagogique et responsable : "Vous vouliez bronzer plus ? Hé bien, repentez-vous maintenant... Et à l'ombre !"
Un nouveau (encore un!) type de répression apparaît qui, s'il fera (peut-être) applaudir les bigottes, va ajouter à une somme déjà impressionnante de contraintes et d'interdictions auxquelles est progressivement soumis le peuple français depuis le 6 mai 2007. Et quand, hier soir dans un discours, François Fillon a promis "l'aide des forces de l'ordre" à des présidents d'universités susceptibles de se désolidariser du mouvement protestaire universitaire, il a bien consolidé l'image (et la réalité) d'un gouvernement autiste, répressif et contraignant.
Loin d'écouter et de tenter de comprendre les Français, Nicolas Sarkozy, François Fillon et le gouvernement sanctionnent et imposent. Au nom de quoi ? D'une réelection ? Mais la France ? Se reconnaît-elle dans un Etat policier ?
C'est à croire que l'avenir de notre Pays n'intéresse pas ses dirigeants. C'est à croire que l'immédiat profit des riches passe avant la qualité de l'enseignement dans les écoles et les universités. C'est à croire qu'une France peuplée de Français, c'est ingérable sinon par la contrainte plutôt que par le dialogue et, donc, la compréhension. Le respect mutuel.
Cet été, le premier soutien-gorge que je trouverai en liberté sur une plage française, je le volerai pour m'en voiler la face...
lundi 4 mai 2009
jeudi 30 avril 2009
faire peur, c'est aussi gouverner
Mais aujourd'hui est aujourd'hui. Et quand j'assiste au déploiement des ailes d'une nouvelle peur planétaire, je me dis qu'évoquer certaines impressions ne peut nuire à quiconque sinon aux faiseurs de peur eux-mêmes. Car leurs ailes ne sont pas des ailes d'archanges.
De partout - l'avez-vous bien remarqué ? - de grands et vibrants signaux d'alarmes sont lancés. De licenciements abusifs en parachutes dorés, de grippe agressive (qui-n'est-plus-porcine-ni-mexicaine-mais-peut-être-bien-ordinaire-quoique-vraisemblablement-virulente-mais-sait-on-jamais...) en magistrats auto-compatissants ou de policiers anti-jeunes en prix doués pour l'alpinisme, on patauge dans la crainte et, donc, le repli sur soi.
"Pourvu que rien ne m'arrive... à moi !"
C'est une remarquable (remarquable dans le sens de remarquer et non pas d'admirer) façon de gérer les peuples. D'orienter les existences vers d'obscurs labyrinthes, voies souterraines d'assujetissement car qui tient la chandelle éclairant le chemin sinon quelque manipulateur de l'ombre conduisant tout autant le politique que le commun ? Le soleil est nuisible, ayant la vertu de réconforter et de redonner goût à la vie. Tous aux souterrains !
La grippe distrait actuellement. La campagne pour les élections européennes également. Demain, ce seront bientôt les vacances... Il se trouve toujours un sujet pour distraire de l'essentiel, pour faire tourner le regard vers là où rien ne se trouve qui risque de faire réfléchir avec plus de densité que de banales supputations météorologiques.
En fait, nous sommes têtes contre deux murs adossés. Un mur élevé par nos ignorances et notre légéreté et un mur dressé face à nous par les tenants du monde. Les bénéficiaires d'un système qui en ambitionnent désormais la survie - crimes écologiques et financiers répétés obligent - à la durée de quelques décennies seulement. Deux générations, guère davantage. Celles de leurs enfants et petits-enfants. Les leurs, pas les nôtres peut-être aussi exploitables et dupables que nous sommes.
Cette vision n'est pas personnelle. D'autres observent aussi que le fait d'être arrivés à l'immédiat d'un point de non-retour peut engendrer de très violentes réactions populaires. A tout perdre, autant que ce soit par le feu plutôt que par la noyade tendent à dire différents jusqu'auboutistes.
Ces flammes, Nicolas Sarkozy les craint. C'est plus q'une crainte d'ailleurs, c'est sa peur à lui. La peur de se retrouver un jour face à une jeunesse désespérée. Une jeunesse désespérée par l'absence de perspectives de vie, de travail... D'amour. Une jeunesse qui décide de rejeter les règles d'un système devenu obsolète, persistant au nom du seul profit de quelques-uns, pour leur substituer de nouvelles règles motivées par l'obligation de survie. Au nom de l'humanité toute entière.
Selon cette hypothèse, on comprend mieux l'actuel acharnement policier à l'encontre de notre jeunesse. On comprend mieux l'invention de faux réseaux de terroristes ferroviaires. On comprendra mieux d'autres faits à venir... Car ils se produiront immanquablement afin d'entretenir cette peur par laquelle gouverner a été choisi.
dimanche 12 avril 2009
un homme s'en est allé...

jeudi 2 avril 2009
un conte à dormir debout : le compte du "grand" banquier
Choqué(e) ? Tant pis. "C'est comme ça..." dit toujours ma mère quand elle est confrontée à une situation pour ou contre laquelle elle ne peut pas intervenir. Car c'est un fait : les Français ragent, Nicolas Sarkozy et son gouvernement brassent l'air alors que les responsables des banques continuent d'engranger individuellement des millions et des millions d'euros. C'est du concret. Incontestable.
Qui laisse donc faire ? Le gouvernement , bien évidemment. Et pourquoi ? Parce que, tout simplement, il traîne aux pieds quelques boulets qui ralentissent sa marche vers des prises de décisions radicales. Les effets d'annonces de Nicolas Sarkozy, de François Fillon et de Christine Lagarde ne sont pas davantage que des effets d'annonces et le Parlement ne légifère toujours pas sur le sujet. Alors les semaines passent sans que rien de net et de définitif ne vienne contrarier ou, plus radicalement, interdire les excès des grands banquiers.
Car, il faut le savoir au lieu d'hurler au loup : ces messieurs s'en mettent plein les poches en toute légalité. Il n'y a que la morale pour être contrariée, sur laquelle ils se sont depuis fort longtemps assis. Bardés de régiments de juristes, les grands patrons de banques aux salaires déjà et particulièrement confortables ( des millions d'euros perçus pendant des années) ajoutent des masses d'argent à leurs trésors personnels sous le regard complaisant de la Loi en son état actuel. Personne n'ira en prison, personne ne sera taxé plus que ne l'exige le fisc puisque rien n'interdit légalement de telles façons de faire.
Nous pouvons ne pas toujours être en phase avec ce qui se passe aux USA, un fait est pourtant avéré : tous les dirigeants de banques ou de compagnies d'assurances américains ayant perçu des aides fédérales ont été contraints de rendre, sous quelque forme que ce soit (remboursement, don aux fondations, etc...) leurs bonus et autres parachutes dorés. Contraints ou taxés à 90%.
Les effets d'annonces des gouvernants français ont produit leur... effet, comme un signal fort d'abord adressé aux délicats patrons de banques : "Le compte à rebours a commençé. Dépêchez-vous de mettre à profit les quelques semaines qui restent pour vous servir. Après, ce sera plus difficile..." Ce que s'empressent donc de faire lesdits dirigeants. C'est ce que publie hebdomadairement la Presse.
Ces dirigeants de banques font ce qu'ils veulent. Une affaire contrarie l'état-major d'une grande banque ? Un jeu de chaises musical résoud le problème, les attributions des uns et des autres changent de noms mais tout le monde demeure et... perçoit au maximum. Songeons un instant - et pour exemple - à l"affaire Kerviel". Qu'en est-il advenu ? Le juge d'instruction a-t-il fouiné suffisamment ? Quelqu'un s'en souvient-il seulement ?... Evoquons les instances de contrôle. Ah, ces contrôleurs qui ne connaissent pas le métier du trader et les subtilités s'y attachant. Et pourtant, ils contrôlent... Etc, etc...
Le Français moyen détourne le regard, pensant tout haut que "çà ne le concerne pas, qu'il a bien d'autres chats à fouetter et que, d'abord, tout d'abord, il faut bien qu'il existe des patrons pour qu'il ait éventuellement lui-même un emploi, que ces patrons, qui ne sont pas mal instruits, méritent tout de même d'être mieux payés que lui et qu'un patron de banque qui nage quotidiennement dans l'argent en gagne peut-être plus que d'autres, et puis, depuis que le monde est monde il y a toujours eu des riches et des pauvres, alors..." Alors, parce que c'est le moment, il va planter ses choux. Rien que ses choux.
Et pendant ce temps, dans la France d'en bas, des milliers d'autres patrons, patrons de PME et de PMI, s'arcboutent contre les murs de leurs entreprises pour leur éviter de s'écrouler. Des patrons qui "vivent" ces entreprises, qui donnent le pain à leurs personnels et que des banquiers, eux-mêmes soutenus par l'Etat (nous), rechignent à soutenir quand, dans la France d'en haut, des tailleurs cousent de plus profondes poches aux costumes déjà matelassés de quelques "intouchables" monstrueusement insouciants du reste de la société.
C'est "çà", la France ?
mardi 31 mars 2009
laissez vivre les abeilles !
Lorsque j'habitais une petite région, le Thimerais, située entre Beauce, Normandie et Ile-de-France, je vivais dans un pays d'agriculture céréalière, prolongement de la grande plaine de Beauce. Antérieurement, j'avais séjourné en Champagne, autre province partagée entre champs (la Champagne pouilleuse) et vignes. Beauce et Champagne, deux provinces vouées à l'agriculture céréalière, à une culture intensive.Je revois des cultivateurs attendre l'affichage des listes de productions agricoles subventionnées par la PAC (politique agricole commune) aux panneaux des mairies. J'entends encore leurs commentaires, une fois lecture faite. C'était à qui allait répandre les "bonnes" graines pour gagner plus. Peu parlaient de rotation des cultures, une grande majorité d'entre eux s'intéressait aux rendements à l'hectare...
Plus tard, d'énormes tracteurs étaient mis en mouvement, des milliers d'hectares labourés, ensemencés. Plus tard encore, derrière les mêmes tracteurs, d'autres engins dispersaient engrais puis pesticides. Pas un brin d'herbe, pas un insecte entre les tiges de céréales... Les conducteurs de tracteurs portaient des masques pour se protéger des effets aériens des poisons déversés.
Nulle coopérative n'a proposé de masques aux insectes. Nul préfet n'a protesté contre la pollution des nappes phréatiques. Nul concessionnaire de la marque "Mercédes" n'a refusé de vendre une automobile aux industriels-céréaliers de Beauce ou de Champagne.
Anecdote révélatrice d'un état d'esprit : un beau matin, mon voisin d'alors, agriculteur et conseiller municipal, m'interpelle en brandissant une feuille de papier : "Jean-Marie ! Nous venons de recevoir le résultat d'une analyse d'eau. Seules les femmes enceintes et les bébés ne doivent pas en boire... C'est bien, non ? On peut encore y aller..." C'était en 1989.
Y aller ! Vingt ans plus tard, ils y vont toujours les céréaliers français. Ils y vont toujours déverser des tonnes et des tonnes de produits meurtriers sur des sols qui n'en peuvent mais... Deuxième utilisateurs mondiaux de pesticides, les cultivateurs français tracent des sillons chaque année plus sanglants et la toute puissante FNSEA (fédération nationale des exploitants agricoles) ne les décourage pas. Les lobbies industriels font si bien leur travail... Tuer plus pour gagner plus ! Ce pourrait être une devise.
Pourquoi donc privilégie-t-on et continue-t-on à encourager, d'un côté, des pratiques assassines alors que, d'un autre côté, on évoque la sauvegarde d'une planète notamment agressée par l'emploi massif des pesticides ? Se poser la question c'est déjà réfléchir. Mais réfléchir suffit-il ?
mardi 24 mars 2009
mea culpa
mardi 17 mars 2009
un visionnaire : Pierre-Joseph Proudhon

A l'occasion du bicentenaire de sa naissance (il naquit le 15 janvier 1809, à Besançon), Pierre-Joseph Proudhon réapparaît sous les feux de l'actualité. Dans la revue "Le Spectacle du Monde", Arnaud Guyot-Jeannin lui consacre un article particulièrement fouillé dont nous vous proposons quelques extraits mettant en lumière la richesse des réflexions d'un visionnaire adversaire de Xarl Marx devenu homme d'aujourd'hui. Ou presque.
Anarchiste en 1839, favorable à une plus juste répartition des richesses, Proudhon constate que le Décalogue "proscrit non seulement le vol commis avec la violence et la ruse, l'escroquerie et le brigandage, mais encore toute espèce de gain obtenu par les autres sans leur plein acquiessement. Il implique en un mot que toute effraction à l'égalité de partage, toute prime arbitrairement demandée et tyranniquement perçue soit dans l'échange, soit sur le travail d'autrui, est une violation de justice".
Plus tard et à propos de la propriété, il écrit : "Une nécessité s'impose aux gouvernements de la supprimer [ la propriété ] en la remplaçant par la possession. Par cette seule modification dans le principe, vous changerez tout dans les lois, le gouvernement, l'économie, les institutions, vous chasserez le mal de la terre [...] L'acheteur, quand il achète un produit, n'achète que le travail qu'il aurait dû faire lui-même si la division des travaux et l'échange n'avaient pas changé." Arnaud Guyot-Jeannin explique qu'en réalité Proudhon ne condamne pas la propriété en soi : "Ce qu'il stigmatise, c'est la propriété exclusive, concentrée entre les mains de quelques uns. Ce qu'il réclame, c'est, au contraire, l'extension de la propriété à tous les hommes et dans tous les domaines : familial, professionnel, local, etc; en somme, une autogestion populaire de proximité, à l'opposé des différents courants socialistes étatiques du XIX° Siècle et, à fortiori, des régimes totalitaires communistes du XX° Siècle."
Pierre-Joseph Proudhon stigmatise tout autant le jacobinisme français et son centralisme géométrique. En 1847, il écrit : "L'unité dans la variété, voilà ce qu'il faut chercher, en respectant l'indépendance des fueros, des cantons, des principautés et des cercles [...] Point de cette unité qui tend à absorber la souveraineté des villes, cantons et provinces, en une autorité centrale. Laissz donc à chacun ses sentiments, ses affections, ses croyances, sa langue et son costume." En 1851, il ajoute : " De Louis XI à Richelieu, un mouvement de transformation s'accomplit, lentement préparé par les rois antérieurs [...] Mais là commence une corruption, ou déviation du principe : au lieu d'une unité fédérale, transition à l'unité métaphysique et industrielle, on a la centralisation." Cette analyse historique a été très exactement partagée par l'aristocrate libéral-conservateur Alexis de Tocqueville, précise l'auteur de l'article comme pour lui donner plus de poids.
Après un emprisonnement et l'exil sous Napoléeon III, en 1863, Proudhon critique l'Etat-nation, facteur, selon lui, d'uniformité. Arnaud Guyot-Jeannin développe : "A ses yeux, en attachant les individus à l'Etat, l'extension de la sphère publique encourage l'assistanat, décourage les volontés personnelles et empêche une vraie concurrence." Et de citer à nouveau Pierre-Joseph Proudhon : "L'Etat, pour accroître sa puissance extra-populaire, tend à multiplier indéfiniment ses employés, pour se les attacher toujours plus, à augmenter sans cesse leurs traitements [...]. Il est clair que, lancé sur une telle voie, l'Etat s'emparera des banques, des canaux, des chemins de fer, des mines et d'une foule de choses encore. Son impôt progressif, son abolition de l'hérédité, lui permettront de tout absorber."
" A cette vision de la concentration du capital par l'Etat, Proudhon oppose, écrit l'auteur, le mutuellisme, le contrat et la fédération : " Le système fédératif est applicable à toutes les nations et à toutes les époques, puisque l'humanité est progressive dans toutes ses générations et dans toutes ses races, et que la politique de progrès consiste à traiter chaque population, à tel moment que l'on indiquera, suivant un régime d'autorité et de centralisation décroissante, correspondant à l'état des esprits et des moeurs."
Pierre-Joseph Proudhon meurt le 19 janvier 1865. Il aura vainement tenté la constitution d'une première mutuelle coopérative. Mais, avant de partir, le visionnaire laisse un message : "Le bourgeois fait de la banque, de l'industrie, mais en dehors de toute convention ayant pour but de diminuer les risques, d'écarter le hasard, de fixer les valeurs, ou du moins d'en empêcher les violents écarts, de balancer les avantages entre le vendeur et l'acheteur. Il a horreur de tout ce qui pourrait, en lui donnant une garantie, lui imposer une obligation; il nie la solidarité économique, il répugne à la mutualité."
En quel siècle vivons-nous ?
> lire l'article de Arnaud Guyot-Jeannin dans "Le Speclacle du Monde" n°554 de mars 2009.
> Pierre-Joseph Proudhon vu sur Wikipédia
notre photo Pierre-Joseph Proudhon et ses enfants, peinture de Gustave Courbet

